Source : AEF.INFO - Dépêche n° 90812
L'université de Provence (Aix-Marseille-I) doit "conforter sa présidence dans l'exercice politique d'une stratégie scientifique et faire du recrutement un moyen du développement de la recherche
et de la diversification pédagogique", estime l'Agence d’évaluation de la recherche et de l’enseignement supérieur (Aeres). Dans son rapport, l'agence encourage aussi l'établissement à renforcer
son pilotage central et éviter l'éparpillement de ses centres de décision. Il lui recommande par ailleurs d' "inscrire clairement la politique de l'établissement dans la perspective de la
structuration du site universitaire d'Aix-Marseille" et de "concourir résolument à la lisibilité du site par une politique internationale volontariste". Voici l'essentiel des remarques du rapport
et de la réponse du président de l'université de Provence, Jean-Paul Caverni.
L'intégralité du rapport de l'Aeres sur l'université de Provence est consultable à l'adresse :
http://www. aeres-evatuation.fr/IMG/pdf/AERES-S1-Aix-Marseilie1.pdf
ÉCLATEMENT
L'université de Provence, qui est organisée en deux grands secteurs, sciences et lettres sciences humaines, a pour particularité d'être éclatée entre six sites différents, ce qui, associé à une
situation patrimoniale "globalement difficile", constitue une contrainte majeure pour l'établissement, "consommatrice d'une énergie importante pour l'équipe de direction et pénalisante pour le
développement d'une dynamique collective d'établissement", estime l'Aeres. Par ailleurs. depuis 1999, l'établissement enregistre une baisse de ses effectifs (21 931 étudiants) de près de 10%,
contre une progression de 4% pour les universités de même type. Mais l'attractivité de l'établissement au niveau national est significativement supérieure à la moyenne des universités de même
type, en particulier pour les nouveaux bacheliers.
ÉVALUATION
L'université de Provence présente une faible culture de l'évaluation. "La base d'indicateurs de référence est très limitée et il n'y a pas eu de réalisation d'un bilan social." L'Aeres attribue
cette situation "en partie au déficit de structuration du système d'information", ce qui ne permet pas une analyse détaillée sur le plan quantitatif des progrès réalisés par l'établissement sur
la durée du contrat quadriennal 2004-2007. L'Aères recommande à l'université de "mobiliser l'ensemble de ses ressources pour que la culture de l'évaluation interne imprègne réellement tous les
niveaux des structures universitaires pour conduire à un ensemble coordonné et cohérent". Elle estime que les actions impulsées par l'équipe de direction "créent des conditions favorables pour
une évolution significative dans ce domaine".
RECHERCHE
L'Aeres félicite l'université de Provence pour son "attention soutenue et partagée au développement et à l'excellence de la recherche", qui se concrétise notamment par des résultats des équipes
de recherche significativement supérieurs à la moyenne nationale dans les deux secteurs, LSH et sciences et technologies. Toutefois, la politique scientifique menée favorise le développement de
toutes les thématiques, mais, par conséquent, "on n'identifie pas de véritables priorités scientifiques, ainsi que les dispositifs d'accompagnement susceptibles d'apporter un renforcement
significatif dans les domaines ciblés", déplore l'Aeres. Pour l'avenir, elle estime que "les restructurations immobilières et leur adéquation aux besoins de la recherche et des formations
constituent un enjeu essentiel". L'agence relève par ailleurs "des efforts de structuration des outils de gestion de la recherche". Le fonctionnement du conseil scientifique est qualifié de
"cohérent et satisfaisant", "avec un accès facilité aux comptes rendus des différentes réunions". Par contre, "l'absence de liaison régulière entre la gouvernance de l'université et les
directeurs d'unité pénalise globalement les différentes opérations de gestion et de pilotage de la recherche", pointe l'Aeres qui note aussi "des échanges assez limités" entre les directeurs des
équipes de recherche du secteur LSH et les UFR de rattachement.
Dans sa réponse, le président Jean-Paul Caverni se dit "pleinement conscient des difficultés liées à ses implantations géographiques dispersées", et rappelle que la responsabilité "ne lui incombe
pas". Il défend son choix, avec les deux autres universités d'Aix-Marseille, de construire une politique de site, qui a "réussi à améliorer la visibilité et les performances de sa recherche dans
ces deux secteurs". L'appréciation de l'Aeres sur l'absence de véritables priorités scientifiques est "pour le moins sévère", selon le président.
FORMATION
Le secteur sciences dispose d'une offre de formation lisible et bien structurée, estime l'Aeres. Par contre, la lecture de l'offre de formation en LSH, structurée en six UFR et démultipliée en
départements, est "bien difficile pour les étudiants". La réorganisation de ce secteur "est particulièrement urgente d'autant que le projet de fusion des trois universités impactera faiblement ce
secteur essentiellement implanté l'université de Provence". Jean-Paul Caverni précise que "les départements correspondent à une réalité pédagogique des filières". Il convient selon lui que "le
LMD impose la conception de filières plus transversales, tout en maintenant les filières disciplinaires". À cet effet, "une restructuration des composantes est à l'ordre du jour". Pour les deux
secteurs, sciences et LSH, l'Aeres note que "la création des formations n'a pas fait l'objet d'une démarche systématique d'analyse des coûts engendrés". Le président indique dans sa réponse que
dans le cadre de la préparation du nouveau contrat quadriennal, "chaque formation a dû remplir une fiche de coût, avant d'être proposée soit à la création, soit au renouvellement".
GESTION DES RESSOURCES
L'Aeres souligne que la clarification et la simplification des structures annoncées par la nouvelle équipe de direction est "indispensable à une meilleure gestion des emplois et des ressources".
De fait, l'ensemble du secteur est "nettement sous-doté" en emplois enseignants et latos, les bibliothèques sont pauvres en locaux et en personnels, les bâtiments sont dispersés et en mauvais
état. Le président rappelle que "les secteurs LSH connaissent dans les universités françaises une situation de sous-encadrement", l'université de Provence ne faisant "pas exception".
VIE ÉTUDIANTE
Les actions de soutien pédagogique aux étudiants, "ébauchées qu'entre 2004 et 2007", devront faire l'objet d'une évaluation sérieuse et complète, avant d'être éventuellement étendues à toutes les
formations. Le président note qu'à propos des mêmes actions, l'Aeres parle aussi d' "actions réalisées". "Réalisées et ébauchées sont-ils synonymes? ", s'interroge Jean-Paul Caverni. Pour
l'Aeres, les moyens doivent en outre être mutualisés avec les autres universités du site, et l'amélioration des conditions d'accueil des bibliothèques est indispensable pour le secteur LSH. La
participation des étudiants à la vie institutionnelle de l'établissement reste moyenne, bien que "les conditions matérielles pour la meilleure intégration des élus aux processus décisionnels
semblent être mises en place". La vice-présidence étudiante créée en 2002 a montré son efficacité pour l'amélioration du dialogue avec les étudiants, mais le VPE ne fait pas partie du bureau de
l'équipe de direction, "ce qui limite ses possibilités d'intervention au sein de l'équipe de direction".
INTERNATIONAL
L'Aeres ne perçoit pas très bien la réalité des actions contribuant à l'affichage d'une stratégie globale de politique internationale. Cependant, les échanges Erasmus sont bien équilibrés entre
étudiants entrants et sortants, et tous les contrats d'échange sont actifs. La concertation est également très satisfaisante entre les trois universités marseillaises et il est prévu d'ouvrir un
guichet unique pour gérer l'ensemble des aides à la mobilité. L'université a une activité soutenue en matière d'internationalisation des formations avec fin 2007, à l'exception des masters sur
lesquels "il serait sans doute utile que l'établissement manifeste une plus forte volonté de développement de l'internationalisation avec des priorités et des objectifs affichés".
PROJET DE FUSION
La perception de ce projet est "floue" au niveau des acteurs de terrain, qui expriment un besoin d'informations, note l'Aeres. Elle relève que la période qui s'amorce "sera délicate pour la
cohésion et la dynamique collective de l'établissement".
GOUVERNANCE
Les services de la présidence sont bien structurés malgré une organisation très souvent bicéphale, ce qui devrait lui donner les moyens de mener une politique d'établissement. Par contre
s'agissant des composantes, l'Aeres recommande fortement de fusionner des UFR et de renforcer le pouvoir des directeurs d'UFR. Elle pointe aussi deux faiblesses: l'absence d'une organisation
administrative clairement identifiable et de nombreux services éclatés en deux, un situé à Aix, l'autre à Marseille.
GESTION
La situation financière de l'université est globalement saine. Le fonds de roulement (31 millions d'euros en 2006) augmente régulièrement depuis plusieurs années, la capacité d'autofinancement
(3,1 millions d'euros en 2006) est positive et l'université mène une politique d'amortissement conforme aux normes comptables. La trésorerie est également en situation favorable. Cependant,
l'Aeres exprime des réserves, notamment sur l'atomisation des centres de gestion, et la nécessité de trouver des solutions nouvelles pour faire face à l'évolution des coûts d'infrastructures des
surfaces recherche. Soulignant que "le problème de l'insuffisance notoire des crédits d'infrastructures recherche est général dans les universités françaises", le président rappelle que
l'université de Provence a décidé de "mobiliser une partie du BQR pour faire face" à ces dépenses, ce qui "a été l'occasion d'un travail pédagogique auprès des directions des laboratoires sur ce
problème".
L'intégralité du rapport de l'Aeres sur l'université de Provence est consultable à l'adresse :
http://www. aeres-evatuation.fr/IMG/pdf/AERES-S1-Aix-Marseilie1.pdf
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