Source : Les Echos - 21/01/08
Par Laurence Albert
Valérie Pécresse, ministre de l'Enseignement supérieur, prépare une série de mesures destinées à démocratiser les classes préparatoires aux grandes écoles. Ces filières d'excellence, prisées des
élèves et louées des enseignants, demeurent trop élitistes : majoritairement implantées dans les prestigieux lycées des grandes villes - peu en banlieue ou en zone rurale -, elles restent
réservées aux lycéens de familles aisées, mieux informés. Un véritable « délit d'initié » d'autant plus « dommageable » selon un rapport sénatorial que ces sections sont loin de
faire le plein - 4.000 places vacantes sur 42.500 -, et que les entreprises et les grandes écoles s'intéressent à ces étudiants atypiques.
Pour mettre fin à ce gâchis, Nicolas Sarkozy a demandé à sa ministre de veiller à ce « que 5 % des meilleurs élèves de chaque établissement scolaire soient assurés de pouvoir rejoindre une
classe préparatoire ». « En réalité, ce chiffre est déjà atteint, sauf dans certains lycées de province et dans les lycées technologiques. Nous devons bien sûr faire un effort supplémentaire dans
ces deux directions, mais aussi nous fixer un autre but : 30 % de boursiers d'ici à cinq ans », explique Valérie Pécresse aux « Echos ». Un objectif déjà fixé en 2005 par Jacques Chirac, et
qui a permis depuis de faire grimper le taux de boursiers de 18 à 23 %.
Encourager la mobilité
Pour passer un cap supplémentaire, la ministre souhaite « venir à bout des barrières culturelles » qui empêchent les plus modestes d'oser ces études, réputées ardues, longues et parfois
coûteuses. En collaboration avec l'Education nationale, la Rue Descartes veut donc amplifier certaines initiatives réussies : les partenariats entre lycées, suivant l'exemple donné par
Saint-Louis (Paris) et Kleber (Strasbourg), qui parrainent chacun une douzaine d'établissements voisins plus défavorisés, le soutien aux lycéens défavorisés que prodigue l'Essec, suivi par une
quarantaine d'écoles... Elle envisage aussi de distribuer un « bonus » aux lycées qui accueilleront plus de boursiers et d'élèves défavorisés. Pas question en revanche d'installer des classes
préparatoires tous azimuts : l'idée est plutôt d'encourager la mobilité, et la construction d'internats, avec le soutien des régions.
Enfin, alors que s'ouvre ces jours-ci le processus d'orientation active, le ministère veut aussi rendre les prépas plus attractives. Un décret organisant les équivalences entre les formations -
120 crédits ECTS pour deux années de prépa - sortira à la fin du mois. « Quand on a fait l'investissement d'une classe prépa, il faut être sûr de pouvoir avoir une équivalence », estime
Valérie Pécresse. C'est particulièrement vrai dans les filières littéraires, dont les débouchés sont plus restreints. Pour les élargir, le ministère met en place une banque d'épreuves communes
aux écoles normales supérieures - sur le modèle des écoles de management - et veut permettre aux littéraires de se présenter aux concours d'entrée des IEP et d'écoles de management. « Ce sont
des cursus d'excellence, nous devons en améliorer les débouchés. Nous devons avoir plus d'étudiants en sciences humaines dans les grandes écoles et dans les entreprises », conclut Valérie
Pécresse.
Par Benoît Chamontin
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Publié dans : Actu IEP et Université
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"L'article le dit en quelque sorte, l'un des grands problèmes du secondaire c'est que les élèves ne sont informés de rien. Tout ce qui se passe dans l'après-bac devient plus ou moins un délit d'initié. Il faut harceler les professeurs et internet. Pas étonnant qu'après, on voit un pourcentage aussi élevé d'enfants de professeurs dans les classes prépas.
D'un autre côté, est ce que ce serait une bonne chose d'implanter des classes prépas dans des "banlieues ou zone rurale". Le mieux pour les élèves c'est la mixité et je ne pense pas que des élèves de grandes villes sortant de lycées prestigieux iraient dans ce genre de classe..."
Le problème n'est pas tant de remplir plus des classes qui ne sont pas officiellement "complètes", ou d'en faire plus en province. C'est surtout les résultats que ces classes sont aptes à fournir. Et ça ça va être bien plus dur à réformer. Parce que pou qu'une prépa marche, et qu'elle ait tous les financements nécessaires, il faut qu'elle fournisse des résultats. Pour avoir ces résultats, il faut de bons profs, qui partent le plus souvent (à moins de sentir une vocation divine) dans les meilleurs établissements possibles, pour leur carrière.
Ensuite, comment faire des résultats suffisants si on rajoute encore un ou deux milliers d'élèves en classe prépa. Déjà qu'il y a 80 admis pour 2000 candidats... ça va juste renforcer la sélection à l'entrée des grandes écoles.
Là, je crois qu'elle n'invente rien, c'était déjà possible avant. C'est plutôt étrange d'ailleurs, cette proposition, étant donné que l'option prépa sciences po des hypokhâgnes est censée avoir été supprimée depuis cette année...
Exact. Perso je pensais surtout au fait d'encourager les meilleurs élèves de ZEP (ou de lycées normaux, faut pas croire, ya de l'autocensure partout) à présenter les prépas.
Mais le problème de fond pour que l'ascension sociale par les études marche est simple : la réforme des universités !!!!
D'ailleurs pourquoi ne pas généraliser les prépas tremplin pour les bons élèves de ZEP ? La méthodologie de travail après tout, c'est l'essentiel.
oui, mais si tu veux faire des tremplins qui soient réellement efficaces, il faut qu'elles soient aptes à fournir des résultats suffisants. Parce que c'est comme ça que les prépas fonctionnent. Or si tu veux qu'elles soient "productives", il faut de très bons profs, et ceux là ils foncent dès que possible pour faire carrière dans un établissement de haut niveau, qui lui fourni le meilleur débouché possible.
A la limite le mieux serait d'ouvrir un peu plus la sélection de ces classes prépas, ça serait dur pour ces élèves de ZEP de suivre le niveau mais au final c'est ce que je vois de plus efficace. Créer des prépas ZEP finirait trop facilement dans la reproduction des schémas qu'on constate déjà dans les problèmes des ZEP en elles-mêmes.
Je m'exprime mal, pour qu'ils préparent les concours, je suis d'accord avec toi.
Quand je parle de tremplin, je pense à leur fournir pendant un an ou moins de la méthode et de la rigueur pour être mieux armé en fac. Parce que la différence entre un élève intelligent de zep et un élève intelligent de grands lycées, c'est que le dernier a appris à bosser tandis que le premier a juste travaillé son lycée normalement, au coup par coup.
je suis absolument d'accord avec toi. Le problème est qu'on met en situation d'égalité devant les critères de sélection des écoles des individus qui ne sont pas égaux dès le départ.Le problème se pose avant d'entrer dans le secondaire.
Je trouve qu'on se livre à beaucoup de débats futiles pour occulter le vrai problème de la faillite de notre système d'éducation : la baisse dramatique des exigences. Depuis les années 70, les pédagogues, ne parvenant pas à cet égard masquer leur condescendance à l'égard des "classes" populaires, pensent que pour rendre l'école accessible au plus grand nombre, il fallait que le niveau général des programmes baisse. Dès l'école primaire, on a décidé de laisser de côté les fondamentaux, en feignant d'oublier qu'ils étaient nécessaires à l'acquisition ultérieure de connaissances. L'orthographe, la grammaire et le calcul notamment sont abordés d'une manière qui pourra sembler étrange à toute personne possédant un brin de logique. Tant et si bien que 50% des élèves entrant en sixième sont incapables de tirer quelque chose d'un texte simple. J'ai moi-même dispensé des cours particuliers de maths à des enfants de 12 ans en cinquième, pas forcément de mauvais élèves, mais qui ne connaissaient pas leurs tables de multiplications. Et pour cause, en CM2, ils avaient droit pendant les contrôles à une petite table écrite avec eux. On a brosser le peuple dans le sens du poil en faisant croire qu'on pouvait d'abord diversifier l'enseignement et ensuite revenir sur les connaissances fondamentales.
Evidemment les résultats sont désastreux et les enquêtes différentes, notamment celles menées par l'OCDE en attestent. Quel rapport avec le sujet me demanderez-vous ? Eh bien, contrairement à l'objectif recherché par les "pédagogues", le mécanisme de reproduction sociale marche à plein dans cette configuration. Les élèves baignant dans un milieu au capital culturel (pour parler comme Bourdieu) élevé peuvent sont baignés, dès leur plus jeune âge, dans un milieu favorable à l'épanouissement intellectuelle. Les autres, ceux qui ne peuvent être aidés par leurs parents, doivent se débrouiller seuls. Il est dès lors tout à fait logique que les lycées parisiens et les lycées d'élite de province fournissent le gros du contingent des élèves de classe préparatoire. Bon élève dans un lycée moyen, j'ai moi-même constaté que mes lacunes à l'entrée en hypokhâgne était d'ores et déjà rédhibitoires pour pouvoir prétendre à entrer à l'ENS. Pourtant, ma mère est prof, je viens, comme la plupart d'entre nous, d'un milieu normal. Je voudrais souligner à cet égard que ce système ne sert ni les classes dites populaires dont les enfants se retrouvent à la remorque de l'éducation nationale, ni les enfants issus des classes moyennes qui, pour la plupart, n'ont pas accès aux meilleurs lycées parisiens dont proviennent à 75 ou 80% les futurs élèves de l'ENS de la rue d'ULM.
La promotion sociale est en panne et le système est rendu inréformable par le coroporatisme et l'inertie du milieu enseignant. L'amour propre étant ce qu'il est, les pédagogues-rois des années 70, pour la plupart issus du mouvement de mai 68, refusent d'acter la faillite de leur entreprise. Les syndicats, lors de mouvements de réguliers grèves ne réclament que des moyens, feignant d'oublier que les dépenses françaises dans le primaire et le secondaire sont, en proportion, parmi les plus importantes au monde. Un nombre grandissant d'enseignants ont pourtant compris la situation et, s'aventurant en dehors des sentiers battus par des syndicats d'extrême-gauche (FSE-FSU, CGT etc.), dénoncent l'injustice sociale. Je vous conseille à ce titre une contribution à une revue dont j'ai oublié le nom de M. Forgues, médaille Field de mathématiques, ou les ouvrages de M. Brighelli. Bien entendus, dans la mesure où ces auteurs prônent s'opposent au relativisme culturel dominant (réaffirmant notamment la croyance en des vérités absolues, accessibles à l'homme par de fermes connaissances), réclament la restauration d'une certaine autorité de l'enseignant (alors que dans la vulgate gauchiste des pédagogues, l'autorité, preuve d'inculture, est automatiquement associée à l'aliénation) et le goût du travail rigoureux, ils sont considérés comme d'immondes réactionnaires. Drôle d'ouverture au monde cependant que celle prônée par ceux qui crient à la réaction et au retour à l'ordre moral dès qu'une voix discordante s'élève au sein de leur corps professionnel.
S'il est donc évident que l'éducation nationale ne saurait se dispenser de réformes de structures et d'une augmentation de la contribution de l'Etat dans le supérieur, la vraie réforme à mener n'est pas matérielle mais pédagogique. Cessons enfin de mépriser les classes populaires, reconnaissons, peut-être au corps défendant de certains, que parmi leurs enfants, il en existe beaucoup qui pourraient intégrer les grandes écoles.
A bon entendeur
PS : je vous remercie de bien vouloir passer outre les éventuelels fautes d'orthographe et de grammaire, je n'ai pas eu le temps de me relire et je le referai plus tard ;)
Je pense que tu as en partie raison. Surtout sur les bases grammaire et calcul.
La culture doit être apportée par l'école. Enfin perso, j'ai recu la mienne de profs old fashionned qui nous faisaient étudier des classiques (et pas Harry Potter) et qui glaçaient du regard n'importe quel contestataire allergique à Corneille et Hugo. Si les gens doivent avoir de la culture c'est en ayant les oeuvres présentées à l'école. Je n'avais jamais écouté de musique classique avant qu'un prof de francais ne passe son temps à faire des allusions à telle ou telle oeuvre pendant ses cours et que j'aie l'impression d'être dans la quatrième dimension.
Mais l'autorité de l'enseignant, ca ne se restaure pas. L'enseignant a de l'autorité ou pas.
Et je pense toujours que si les classes moyennes et autres étaient mieux informé sur les parcours scolaires à prendre, tout se passerait mieux. Beaucoup découvre tout en terminale et donc ne sont pas franchement préparé à ce qu'ils projettent de faire. C'est là la grande différence avec les enfants de profs ou ceux placés dans les grands lycées parisiens. Quand t'es dans ce cas de figure, tu sais ce qu'il faut lire, où il faut te présenter et quelles sont les meilleures stratégies.
Il est évident que la personnalité de l'enseignant joue beaucoup dans le rapport que celui-ci entretiendra avec les élèves. Il y a des profs dont l'attitude inspire le respect quoiqu'il en soit. Toutefois, je pense que le pédagogisme a mis à mal l'attitude générale envers les profs.
Vouloir mettre l'élève au centre de l'école, c'est enfoncer une porte ouverte. Encore faut-il remarquer qu'une classe est un lieu de vie commune et que le comportement des uns a des conséquences sur les autres. C'est pour cela qu'il existe un rapport hiérarchique entre le maître et l'élève : c'est pour le bien de tous que le premier a autorité sur le second. L'idéologie des pédagogues a voulu faire croire que c'était au maître de se mettre au niveau de l'élève, que la relation entre les deux était horizontale et non verticale. Cette idéologie, ils l'ont transmise dans les Ecoles normales puis dans les IUFM, elle a été une pierre angulaire de la formation des enseignants.
Le statut de l'enseignant a été dévalué par la corporation enseignante elle-même, il se trouve aujourd'hui dévalué. Tout le monde est bien sûr au courant des agressions fréquentes sur des enseignants en collège et lycée même si cela reste bien-sûr marginal. Plus significative est en revanche l'attitude des parents d'élèves qui ont de plus en plus tendance à considérer l'éducation nationale comme un service à la carte, qui, en cas de problèmes quelconque entre un prof et leur enfant, préfèrent croire celui-ci plutôt que celui-là. Sans vouloir tomber dans la nostalgie des hussards noirs de la République, je crois qu'il est grand temps de s'inquiéter un peu de cet état de fait et de tenter d'y remédier autrement qu'en faisant grève pour réclamer des "moyens".
Concernant l'orientation, je suis d'accord avec toi, une meilleure information permettrait certainement une plus grande diversité sociale au sein des classes prépas. Toujours est-il que l'enseignement dispensé dans les grands lycées parisiens et de province est d'un niveau largement supérieur à l'enseignement dispensé dans un lycée moyen, tout simplement car ces établissements sont à peu près les seuls à ne pas avoir cédé à la tendance de baisse globale du niveau d'exigences envers les élèves. a Henri IV, on fait en terminale une bonne partie des programmes de prépa. Non pas parce que les élèves sont tâchés par la grâce mais simplement parce qu'on en a décidé ainsi et que les élèves sont bien obligés de se mettre au diapason.